Albert Souffre

Albert Souffre

Albert souffre, j’emprunte ce titre à un film des années 90, car il va comme un gant à l’article que vous êtes en train de lire.

L’idée m’est venue en regardant un reportage diffusé à la TV sur Monaco. Je ne suis pas très “people”, mais j’étais curieux de voir comment allaient être filmés le Prince Albert et ses proches… Curieux de voir des images de Monaco où j’ai dû aller une fois ou deux, mais dont je ne sais rien…

L’exercice de relation publique est extraordinaire. Ce genre de coup de pub est fabuleux pour Monaco. Les caméras se baladent dans un périmètre suffisamment large pour donner l’impression qu’elles peuvent aller là où bon leur semble, la famille royale est sympathique, Albert navigue sur son rocher avec l’autorité naturelle du monarque, les habitants l’acclament, ils l’adorent ! À première vue, on se dit que ça roule…

Distance et proximité

Je suppose que dans l’éducation d’un roi, les deux bouts de la corde à tenir doivent être amabilité et distance. Le prince, le roi, la princesse, que sais je encore, doit se montrer affable avec le petit peuple afin de se faire aimer et admirer, mais il ne doit pas non plus lui taper dans le dos. Il se doit d’être distant car il représente une autorité d’essence parfois divine. Son mode de vie fait plus encore qu’il reste un roi, un prince ou une princesse. La réalité de sa vie n’est pas imaginable par le péquin de base comme vous et moi et cela ajoute à l’effet de distance, à l’aura d’exceptionnalité…

“Un mec normal”

À plusieurs reprises dans le reportage, on a l’impression qu’Albert est plus à l’aise avec la proximité et la gentillesse qu’avec le côté “mis en orbite” dû à sa situation sociale, à son éducation d’Altesse. On le voit taper la discussion la nuit tombée avec un inconnu à une buvette, la scène est surprenante… Il semble s’intéresser aux gens, on le sent disponible, sincère. Yann Arthus Bertrand fait une apparition dans le film et livre une confidence “Albert c’est un mec normal”… Donc “le mec normal” évolue dans une situation assez anormale puisqu’il a un job tellement prenant qu’on à l’impression que la fonction prend tout. On le voit, avec le sourire aller d’inauguration en gala, de gala en réunion avec ses ministres, de réunion avec d’autres ministres ou présidents aller à la remise des prix machin chose puis aller au festival de truc machin… La vie de cet homme est une cérémonie sans fin. Une vie de chef d’État, pas une seconde à soi, un environnement cérémoniel, festif et exceptionnel environne Albert du matin au soir et jusqu’au bout de la nuit. C’est là que j’ai commencé à tiquer…

 

Albert II dans une Rolls Royce

La vie d’Albert est un flot continu de mondanités

Albert has “a full time job”

En regardant ce film sur son versant “l’écume des choses”, on peut se dire que tout va bien, on est dans Paris Match. Le prince est cool, tout le monde l’aime bien, il a une jolie femme, de beaux enfants, pas de problème d’argent, un job fédérateur, tout baigne… Et puis à un moment, arrive le sujet de la vie privée. Un journaliste lui demande comment il fait pour gérer sa vie privée au milieu de ce tumulte. Et là, Albert se comporte en “mec normal” comme le dit Yann Arthus Bertrand, il ne ment pas. Il dit qu’il ne peut pas, qu’il ne fait pas, qu’il n’y a pas de vie privée puisque tout son temps est consommé en mondanité en tout genre. Ces mondanités ne sont pas de surface, elles permettent de faire tourner la principauté qui est une gigantesque entreprise dont il a hérité. En fait Albert à deux job en un, chef d’État et super PDG, mais il n’a plus de temps pour lui et plus de temps à donner à ses proches, le temps ça ne s’achète pas… J’ai alors regardé ses kilos en trop autrement. Lui qui était mince à 20 ans et qui est nettement en surpoids 40 ans après est l’illustration de la personne qui grossit parce qu’elle est stressée, environnée de bonnes choses à manger, qui par le passé n’a pas été assez à l’écoute des sensations corporelles liées à la régulation naturelle de sa faim et de son appétit.

 

Trop de nourriture, trop riche, trop souvent…

Le prince devrait essayer La Tête et le Ventre, ça lui permettrait de perdre son surpoids dans un monde qui passe sa vie à lui proposer de bonnes choses à manger. Petits fours par ci, déjeuné par là cocktail par ici, diné à un autre endroit… Ça doit être difficile de ne pas prendre de poids dans un environnement comme celui-là et le film donne l’impression que le prince aime bien manger. Il ne goute pas du bout des dents, il mange avec appétit ce qu’on lui offre. Il pose des questions sur les menus, sur les repas, les ingrédients…

Trop manger, rempart de l’intimité pour le prince

Les sensations alimentaires du Prince Albert demeurent des choses intimes, des choses personnelles que personne ne lui prendra dans un environnement qui ne lui laisse pas beaucoup de place en tant que personne. Ce n’est pas l’homme que les gens invitent, auprès de qui ils sont reçus, c’est la fonction. Le “mec normal” peut être un peu balloté, un peu stressé par une vie qui ne lui laisse pas beaucoup de place, mais dont il assume pleinement les responsabilités de chef d’État et de super boss d’une énorme entreprise.

Pour beaucoup, il est difficile de reconnaître que celui qui a tout sur le plan matériel peut être en difficulté

Malgré les privilèges et les fastes de la vie princière, je suis prêt à parier que le surpoids du prince est en bonne part dû au stress. Beaucoup de personnes sont envieuses et émerveillées par le luxe et les privilèges que l’on aperçoit dans le film. Mais si ces choses vous font envie, c’est parce qu’elles ne font pas partie de votre vie. Lorsque vous êtes né en leur milieu, c’est juste votre cadre de vie, par contre vous ressentirez quand même les contraintes de ce même milieu… Malgré le décorum, vous ressentirez le manque de temps pour vous, ce temps que tous les autres vous prennent. Il est alors possible de compenser ce manque en surinvestissant les sensations alimentaires. Trop manger permet, quel que soit l’endroit, de se protéger et de se couper des pensées, émotions et ressentis désagréables. Avec le temps on prend alors du poids.

L’idée de cet article est provocatrice. Je n’en sais rien si Albert souffre ou pas, il ne vient pas toutes les semaines à la consultation évoquer ses problèmes de kérosène avec son jet. Mais je fais l’hypothèse que Son Altesse est trop stressée, qu’elle devrait me consulter pour quelques séances de La Tête et le Ventre et retrouver sa ligne de 20 ans. Son Altesse Sérénissime, si vous me lisez, vous savez qui appeler…

 

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